Depuis quand savons-nous que la Terre est ronde ? |
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| Auteur : Jorge Angel LIVRAGA Fondateur de l’association internationale Nouvelle Acropole Civilisation |
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Il est à remarquer tout d'abord que la forme ronde de notre planète n'est pas évidente à l'œil nu. Penser que sa forme puisse se déduire facilement lors des éclipses de lune, quand la silhouette de la terre se dessine sur la lune n'est pas non plus certain si nous ne possédons pas une connaissance préalable. Prétendre que l'humanité arriva à des connaissances scientifiques déterminées par la simple observation des éléments naturels, c'est méconnaître la partie pratique du problème en sacrifiant la vérité sur l'autel des systèmes en vigueur. Pour se perpétuer, ceux-ci ont besoin de faire croire que l'homme a pu renverser les murs épais de l'ignorance grâce à l'instruction et au matérialisme. À la lumière douteuse de ces lanternes, il semblerait que des pyramides d'Égypte à la rédaction du Mahabharata (1) - avec son cœur brillant, la Bhagavad Gitâ (2) – l’on parvint à la connaissance par hasard, si ce n'est par un ensemble de légendes embellies par la fantaisie. Ne croyait-on pas en plein XXe siècle que les peintures des grottes d'Altamira (3) avaient été falsifiées par un artiste français et que les pyramides d'Amérique n'étaient que de simples tas de terre destinés à soutenir un petit temple ? Quand le chercheur se trouve confronté au problème des moyens par lesquels l'humanité arriva à dévoiler les premières énigmes et à utiliser la matière comme véhicule docile d'un esprit imaginatif, il est induit à penser que certaines connaissances et ustensiles de formes parfaites, tels que l'aiguille ou l'hameçon, furent apportés par des êtres supérieurs.
Les connaissances viennent-elles d’ailleurs ?
En réalité, avec peu, il est possible de fabriquer une large gamme de produits physiques et métaphysiques mais prétendre que tout ceci n'est issu de rien est contraire à la raison et aux lois de la Nature qui nous régissent. De ce fait, il est compréhensible que certaines conceptions néo-matérialistes croient en des civilisations établies en d'autres points de l'espace. Celles-ci auraient atterri avec leurs vaisseaux et auraient offert à l'homme primitif ses premiers éléments de culture et de civilisation mais il n'existe aucune preuve solide. Les traditions des peuples les plus anciens attribuent les premières connaissances à des Dieux et des Esprits qui demeureraient encore parmi nous, bien que nous ne puissions les percevoir avec la même facilité que durant l'Age d'Or. Cet argument est en général réfuté, alléguant que, pour un homme primitif, un vaisseau spatial et des êtres vêtus de scaphandres reçoivent forcément le qualificatif de «Dieux». Cet «homme primitif» naïf n'est pas à l'origine de l'humanité actuelle. Il a existé des «sauvages» à toutes les époques dans des proportions différentes. Ceux-ci n'ont eu aucune volonté de progrès, bien au contraire.
Les civilisations se succèdent et avec elles les connaissances
En réalité, plus nous reculons dans la Protohistoire, plus nous découvrons de grandes civilisations qui furent précédées par d'autres. Ceci induit à penser que l'homme est beaucoup plus ancien que ce que l'on croyait, bien que son aspect ait peu varié dans les dernières dizaines de milliers d'années. Sans rejeter toutes les autres possibilités et sans non plus affirmer ce qui n'a pas été prouvé, nous pouvons faire remarquer, en tant que philosophe, même avec le peu de renseignements dont nous disposons, que l'humanité acquit, perdit et retrouva plusieurs fois le concept de sphéricité de la terre. Néanmoins, il est possible de supposer qu'un noyau «d'initiés» garda la lumière de la connaissance cachée à travers les âges obscurs.
Des concepts bien plus anciens que l’on ne l’imagine
En nous référant à des sources vérifiables d'éléments qui n'ont jamais prétendu être des «découvertes» ou des «originalités», mais plutôt des copies d'autres plus anciennes, nous pouvons citer le Surya Siddhanta (4), texte hindou du XXe siècle avant J.-C., qui comprend un poème appelé En entourant la terre et dans lequel la forme ronde de la terre ne fait aucun doute. Dans le poème épique d'Étana (5), qui s'inspire des traditions sumériennes du XXVIIe siècle avant J.-C., la planète est décrite flottant dans un espace constitué d'éléments plus subtils que l'air. Il en est de même dans une version égyptienne du XVe siècle avant J.-C. du Livre de la Demeure Occulte et dans le livre hébreu d'Enoch au IIe siècle, époque déjà plus tardive. La théorie de la relativité ayant trait à l'espace courbe fut énoncée par Einstein en 1916 mais eut ses prédécesseurs, comme Héraclite en 540-475 avant J.-C. et Zénon d'Elée au VIe siècle avant J.-C. À la même époque, Pythagore affirmait que la terre était sphérique. Anaximandre (611-574 avant J.-C.) et Héraclite du Pont (388-315 avant J.-C.) soutinrent le même fait. Avec Copernic (1473-1543), l'humanité retrouva cette connaissance, édifiée sur de solides fondements. En 1610, Galilée énonça que la voie lactée était un amas d'étoiles, ce qui lui valut d'être persécuté par l'Inquisition. Démocrite l'avait déjà affirmé au Ve siècle avant J.-C. dans une société philosophique libre. Platon, Aristote, Eudoxe de Cnide, Alexandre le Grand et Pythéas de Marseille maniaient couramment le concept de sphéricité de la terre. Eratosthène de Cyrène, qui était conservateur à la bibliothèque d'Alexandrie, tenait cette connaissance pour certaine. Elle était consignée depuis des temps lointains dans les Livres de Toth qui étaient, semble-t-il, au nombre de quatre, et l'un d'entre eux traitait de l'ensemble de notre planète. Il n'est parvenu jusqu'à nous que des fragments, commentaires et allusions, principalement au XVIe siècle avant J.-C. Hipparque de Nicée, en 125 avant J.-C, donna les formules pour déterminer la longitude. Strabon (6) et Ptolémée, au IIe siècle avant J.-C., établirent des systèmes de méridiens et de parallèles ainsi que la ligne de l'équateur. Le long poème de Dionysos, Le Periegete (Le tour du monde), s'inspira, semble-t-il, de toutes ces connaissances.
Une évidence dans l’Antiquité…
L'empire romain n'apporta presque rien à l'astronomie et à la science générale des Grecs mais il condensa la connaissance et l'expérience de beaucoup de peuples, ce qui, ajouté à leur très grande capacité pratique, avance technologique et organisation politico-économique, leur permit de diffuser et d'appliquer ces connaissances à grande échelle. Avec le démembrement et la chute de l'empire tombé aux mains des «barbares» (7) externes et internes, ces connaissances furent prises pour de la sorcellerie.
… réfutée au Moyen-Âge
La prédominance du christianisme dans ses fondements bibliques écrasa toute forme de savoir et interdit pour hérésie et aberration diabolique tout ce que n'avait pas énoncé l'Ancien Testament et ce qui n'avait pas été cité dans les Quatre Évangiles, lesquels furent choisis parmi beaucoup d'autres comme textes «officiels», les autres étant simplement dénommés apocryphes. Ceci entraîna la fermeture de l'Académie, du Lycée et la destruction de toutes les maisons de savoir. Leurs professeurs furent persécutés ou, dans certains cas, assassinés sous la torture, telle la philosophe Hypatie à Alexandrie. L'époque obscure du Moyen-Âge avait commencé. Cosmas Indicopleustes (8), au début du VIe siècle, écrivit douze livres dans lesquels il citait les Pères de l'Église, comme on les dénommait. L'œuvre, appelée Topographie chrétienne de l'Université, réfutait entièrement toutes les anciennes connaissances et affirmait que la Terre était plate, que les antipodes n'existaient pas et que la nuit était provoquée par l'occultation du soleil derrière une grande montagne qui marquerait les limites du monde. Esteban de Byzance au Ve siècle avait déjà rédigé son Dictionnaire géographique en cernant le thème un peu plus fidèlement, mais son ouvrage était également rempli de superstitions et d'erreurs dignes d'esprits infantiles. Les codes de Théodose et de Justin le désignèrent comme étant illégaux tous les livres et maîtres qui enseignaient que la terre était ronde ou qu'elle était une simple petite partie de l'Univers. Cela dévalorisait le travail du Christ au niveau cosmique et contredisait les prophètes. Dans la bibliothèque de Turin était conservée la carte de Saint Gallois du VIIe siècle avec la représentation de notre planète en tant que masse plate, située au centre de l'univers et soutenue par le souffle de Dieu.
Les connaissances se perdent au fil des siècles
Les récits géographiques démontrent jusqu'à quel point s'étaient perdues les connaissances qu'avaient possédées les anciens voyageurs et navigants. Plus tard, Charlemagne lui-même fit fabriquer trois tables d'argent : l'une comme le plan de Rome, l'autre comme celui de Constantinople et la troisième comme celui de la Terre en forme de disque plat. Ce n'est qu'au XVe siècle que, malgré l'opposition des églises chrétiennes, la sphéricité de la terre fut admise, surtout suite à l'expédition du malchanceux Magellan lequel réussit à faire le tour du monde. Mais le temps, (comme le disait Galilée de la terre : «Et pourtant, elle tourne»), viendra où ces formes momifiées abandonneront leur vie artificielle et reposeront parmi les choses du passé, donnant lieu, peut-être après avoir passé un autre tunnel de ténèbres, à une véritable renaissance non seulement formelle mais aussi spirituelle.
(1) Poème épique de la mythologie hindoue écrit en sanscrit décrivant la guerre entre deux familles en 2200 av J.C. (2) Chant du bienheureux ou Chant du seigneur. Partie centrale de la Mahabharata. Un des écrits fondamentaux de l’hindouisme considéré comme un «abrégé de la doctrine védique» (3) Grottes préhistoriques avec art rupestre datant d’il y a 14 000 ans environ en Espagne à Santillana del Mar (Cantabria) (4) Traité d’astronomie traditionnel indien, vieux de plus de 1 500 ans et attribué au Mahamuni Mayan (brahmane de culture tamoule). Il forme la base des calendriers hindou et bouddhiste (5) Premier roi sumérien de Kish, après le Déluge (6) Strabon d’Amasia en Cappadoce (64 ou 63 avant JC - 19 et 24 après JC) était un géographe et historien grec. Grand voyageur (Arménie, Sardaigne, mer noire, Éthiopie, Égypte…), il écrivit en grec une Histoire de Rome, aujourd'hui perdue et une Géographie universelle en 17 livres, qui nous sont parvenus (7) Terme employé pour désigner les étrangers dans l’empire grec puis romain (8) Cosmas Indicopleustes, «le voyageur des Indes», quelquefois dénommé Cosmas d’Alexandrie, marchand voyageur et géographe grec, originaire d’Alexandrie. Au VIe siècle av. J.-C., il fit plusieurs périples maritimes qui le conduisirent en mer Rouge, au golfe Persique, en Éthiopie et peut-être jusqu’en Inde et au Sri Lanka.
N.D.L.R. : le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction Article paru dans la revue de Nouvelle Acropole n° 112 (mars-avril 1990) |
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